Dans un contexte de transformation progressive des représentations de la parentalité, la question des violences éducatives ordinaires s’est imposée comme un enjeu majeur de santé publique et de protection de l’enfance. L’inscription, en 2019, de l’interdiction de ces violences dans le droit français a marqué une étape décisive, consacrant le principe d’une éducation exempte de violences, qu’elles soient physiques, verbales ou psychologiques. Depuis, les actions de sensibilisation portées par les pouvoirs publics et les acteurs associatifs ont contribué à faire évoluer les regards et à inscrire durablement ce sujet dans le débat public.
Engagée de longue date dans la prévention des violences faites aux enfants et l’accompagnement des parents, la Fondation pour l’Enfance réalise depuis 2022 avec l’Ifop un baromètre consacré aux violences éducatives ordinaires (VEO).
Les résultats de cette édition 2026 mettent en lumière une réalité contrastée. D’un côté, les parents apparaissent globalement réceptifs aux messages en faveur d’une éducation sans violence : ils reconnaissent largement les effets délétères des violences éducatives et déclarent majoritairement adhérer aux principes portés par la loi. De l’autre, cette appropriation demeure partielle et incomplète. La connaissance des violences éducatives ordinaires reste encore approximative (leurs contours étant mal définis par les parents), et le sentiment qu’elles remplissent une vocation éducative les légitime aux yeux d’une part non négligeable d’entre eux.
Les chiffres clefs :
– Plus de 7 parents sur 10 (72%) déclarent connaître les violences éducatives ordinaires, mais leurs contours sont flous et les parents restent assez indécis lorsqu’il s’agit d’identifier les gestes qui relèvent ou non des VEO.
– 80% des parents partagent le sentiment que les lois en France découragent les punitions corporelles, mais près d’un tiers continuent de leur attribuer une utilité éducative (32%)
– Les violences éducatives ordinaires demeurent largement répandues : 84% des parents déclarent avoir eu recours à au moins une violence, au moins une fois au cours des 12 derniers mois (83% des violences verbales ou psychologiques, et 41% à des violences physiques).
– Bien qu’elle soit perçue comme une mauvaise pratique disciplinaire par 7 parents sur 10, la fessée conserve une légitimité chez certains : dans un but éducatif, elle est jugée plus acceptable par rapport à d’autres violences (36%, vs 9% pour la gifle au visage) et est considérée parfois comme le seul moyen de se faire obéir (30%). Elle est pratiquée par plus de 1 parent sur 5 (22% ont donné une tape sur les fesses de l’enfant à mains nues, au moins une fois sur l’année).
– Des profils de parents se montrent plus enclins à légitimer les punitions corporelles :
* les parents victimes de VEO dans leur enfance normalisent ces pratiques et reproduisent davantage ces attitudes violentes, qu’elles soient verbales ou physiques ;
* les hommes partagent également cette vision, mais sans pour autant avoir davantage recours aux VEO : 40% estiment que certains enfants en ont besoin pour apprendre à bien se comporter, contre 25% des femmes, témoignant d’écarts importants dans les représentations éducatives.
Retrouvez l’ensemble des résultats et la synthèse ci-dessous.