Alors que l’intelligence artificielle générative s’impose dans le quotidien des jeunes Français, ses usages et ses perceptions restent contrastés. Réalisée pour Jedha, l’étude Ifop « Les jeunes Français face à l’IA générative : usages, perceptions et appétence pour les formations dédiées » met en lumière une adoption déjà massive chez les 16-25 ans, mais aussi des interrogations persistantes sur ses impacts, notamment en matière d’emploi et de formation.
Antoine Krajnc, fondateur Jedha AI School, revient sur ces résultats et partage son analyse des enjeux de maîtrise, d’éthique et de formation liés à la généralisation de l’IA auprès des jeunes générations.
Question 1 : Pourriez-vous présenter Jedha AI School et rappeler sa mission auprès des jeunes et des professionnels ?
Jedha forme les talents de la Tech d’aujourd’hui et de demain. L’école propose des formations d’excellence en Intelligence Artificielle, Data et Cybersécurité, à destination des jeunes, des professionnels et des entreprises.
Fondée en 2017, Jedha a d’abord développé des programmes intensifs à destination des professionnels souhaitant se former aux métiers de la Data et de la Cyber. Ces formations ont permis à des milliers d’apprenants de lancer ou d’accélérer leur carrière, en acquérant des compétences très recherchées dans la Tech.
En 2025, Jedha a lancé Jedha l’AI School, l’école post-bac dédiée aux métiers de l’Intelligence Artificielle et de la Data. Elle propose 6 cursus de Bac à Bac+5 (Bachelors & Mastères), sur 3 campus situés à Paris, Lyon et Bordeaux.
Notre mission est simple : donner à chaque étudiant les moyens d’avancer avec autonomie et confiance dans un secteur en croissance.
Jedha AI School appartient au groupe Quest Education Group qui comprend aussi les écoles Gaming Campus et Guardia Cybersecurity School. C’est un groupe d’enseignement supérieur de référence qui forme les jeunes aux métiers tech depuis 2018 via le Gaming Campus pour le jeu vidéo et Guardia Cybersecurity School pour la cybersécurité.
“Aujourd’hui, nous sommes entrés dans une ère de massification de l’IA : des outils puissants sont accessibles à tous, immédiatement, souvent gratuitement. Cette transformation majeure s’accompagne d’un risque : une utilisation massive sans réelle compréhension.”
Antoine KRAJNC
Fondateur Jedha AI School
Question 2 : L’étude montre que 89% des 16-25 ans utilisent déjà l’IA, principalement pour gagner en productivité, mais aussi pour se confier ou demander des conseils. Dans votre secteur, quels usages de l’IA chez les jeunes vous semblent aujourd’hui les plus stratégiques à intégrer ou à encadrer ?
Dans notre secteur, les usages de l’IA chez les jeunes posent aujourd’hui deux enjeux majeurs et indissociables :
- La maîtrise de l’IA
- L’éthique et le discernement dans son usage
Le premier enjeu est fondamental, car tout le reste en découle. Il y a encore quelques années, l’intelligence artificielle était réservée à une poignée d’entreprises capables d’investir massivement dans la recherche, l’infrastructure et la mise en production. Aujourd’hui, nous sommes entrés dans une ère de massification de l’IA : des outils puissants sont accessibles à tous, immédiatement, souvent gratuitement.
C’est une transformation majeure mais elle s’accompagne d’un risque : une utilisation massive sans réelle compréhension. Beaucoup de jeunes expérimentent l’IA de manière empirique, intuitive, sans en connaître les mécanismes internes (modèles, données, biais, probabilités). Cela crée à la fois :
- de nouveaux modes d’apprentissage et de créativité,
- mais aussi une forme de “magification” de l’outil, où les réponses produites sont parfois prises pour des vérités objectives.
C’est précisément là que des fausses croyances émergent :
- la peur d’un remplacement massif des emplois “cols blancs”,
- des récits dystopiques où l’IA serait autonome, consciente ou incontrôlable,
- ou à l’inverse, une confiance aveugle dans des systèmes qui restent fondamentalement faillibles.
Or, la réalité est tout autre.
L’IA ouvre avant tout un champ d’opportunités inédit, notamment pour les jeunes générations. Elle permet à de nouveaux profils d’entrer sur le marché, d’innover plus vite, de repenser toute la chaîne de valeur, et parfois de concurrencer des acteurs installés avec des moyens bien moindres.
Et cette maîtrise peut prendre deux formes complémentaires :
- Construire l’IA : comprendre les modèles, les données, les algorithmes, les limites techniques.
- Utiliser l’IA intelligemment : l’intégrer dans des processus existants, automatiser, augmenter la productivité, améliorer la prise de décision.
Ces deux approches ne s’opposent pas : elles correspondent à des spécialisations différentes, selon les trajectoires professionnelles.
Par exemple :
- Un futur professionnel du marketing doit savoir utiliser l’IA pour créer du contenu, analyser des audiences, automatiser des campagnes.
- Un futur développeur ou data scientist doit comprendre comment concevoir, entraîner et déployer des systèmes d’IA.
Dans les deux cas, l’enjeu n’est pas seulement de “savoir s’en servir”, mais de savoir pourquoi, quand et avec quelles limites.
Le second enjeu est celui de l’éthique.
Maîtriser l’IA est indispensable, mais ce n’est pas suffisant. Nous devons accompagner les jeunes dans le développement d’une conscience critique et morale face à ces outils.
L’IA est extrêmement puissante :
- elle influence l’information,
- façonne les décisions,
- automatise des choix à grande échelle.
Elle peut servir le progrès, l’inclusion et l’innovation, comme elle peut amplifier les biais, les discriminations ou la désinformation si elle est mal utilisée ou mal comprise.
C’est pourquoi les usages stratégiques à intégrer et à encadrer aujourd’hui sont :
- la capacité à questionner les résultats produits par l’IA,
- la compréhension des biais et des limites des modèles,
- le respect des cadres réglementaires (RGPD, IA Act),
et plus largement, la responsabilité humaine dans la décision finale. Chez les jeunes, l’IA ne doit être ni idéalisée, ni diabolisée.
Notre responsabilité, en tant qu’acteurs de la formation, est de leur permettre :
- de maîtriser l’IA comme un outil,
- de l’utiliser comme un levier,
- et de la questionner comme un pouvoir.
C’est à cette condition que l’IA deviendra un véritable facteur d’émancipation professionnelle et non une source de dépendance ou de confusion.
Question 3 : On observe un paradoxe : les jeunes sont partagés sur l’impact collectif de l’IA, avec 53% qui y voient une opportunité, notamment pour la création de nouveaux emplois, et 47% qui y voient une menace pour l’emploi. Comment interprétez-vous ce décalage ?
Ce décalage s’explique avant tout par ce moment très particulier que nous traversons dans l’histoire de l’intelligence artificielle. Nous sommes dans une phase de massification rapide de l’IA, où les usages se diffusent plus vite que la compréhension collective de l’outil. Beaucoup de jeunes, comme le reste de la société, expérimentent l’IA au quotidien, mais sans encore disposer de repères stables, partagés et objectivés sur ses effets réels à long terme. Dans ce contexte, le discours ambiant est encore fortement polarisé :
- d’un côté, une vision très optimiste, presque un eldorado technologique,
- de l’autre, des récits anxiogènes sur la disparition massive des emplois.
Les résultats du sondage reflètent assez fidèlement cette tension. Et c’est compréhensible : même les experts peinent à prédire précisément l’impact de l’IA sur l’emploi. Lorsqu’on n’est pas spécialiste, il est facile de se perdre dans des narratifs extrêmes, souvent amplifiés par les médias et les réseaux sociaux.
Pourtant, comme souvent lors des grandes révolutions technologiques, la réalité se situe entre ces deux visions.
Oui, l’IA va transformer profondément le marché du travail. Certains métiers évolueront fortement, d’autres disparaîtront. Mais l’histoire nous montre aussi que ces périodes de mutation sont celles où le plus grand nombre de nouveaux métiers émergent.
Et sur ce point, les jeunes ont un avantage considérable.
Ils entrent sur le marché du travail avec l’IA comme un outil natif, qu’ils apprennent à maîtriser plus rapidement que leurs aînés. Ils peuvent l’intégrer naturellement dans leurs pratiques, apporter des usages nouveaux, hybrider les compétences et créer de la valeur là où elle n’existait pas auparavant.
Pour beaucoup d’entre eux, l’IA n’est pas une menace mais une porte d’entrée exceptionnelle :
- pour entreprendre,
- pour innover,
- pour accéder à des rôles à forte valeur ajoutée plus tôt dans leur carrière.
En réalité, ce paradoxe traduit moins une opposition qu’une période de transition. Une phase d’incertitude, mais aussi de potentiel immense. Ceux qui sauront s’adapter, se former et développer un esprit critique face à l’IA feront partie des grands bénéficiaires de cette transformation.