Fermer la porte aux ados, c’est bien. Encore faut-il qu’il n’y ait pas de fenêtre. Au moment même où le gouvernement renvoie à Bruxelles une nouvelle mouture de son projet d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, l’Ifop a voulu savoir ce qu’il en était de la grande muraille numérique un an après l’entrée en vigueur, à l’été 2025, de l’obligation de vérifier l’âge à l’entrée des sites pornos, fondée sur la loi SREN (mai 2024), son référentiel Arcom, son « double anonymat » et ses mises en demeure. Réponse : pas grand-chose. En tout cas pas pour celles et ceux qu’elle était censée protéger.
Interrogés directement (3 000 adultes et 500 mineurs de 15 à 17 ans), les usagers racontent une réalité que les bilans officiels préfèrent regarder de loin : on ne se soumet pas au contrôle, on le contourne. Loin d’assécher la demande, le dispositif l’a surtout déplacée, façon matelas d’eau : on appuie ici, ça gonfle là-bas. Les 15-17 ans, premiers visés, sont aussi les premiers à déserter les plateformes qui jouent le jeu pour filer vers celles qui s’en dispensent. Bilan : la loi filtre surtout les sites vertueux, redessine la carte du trafic et laisse la pratique presqu’intacte. De quoi faire réfléchir ceux qui rêvent d’appliquer la même recette aux réseaux sociaux.
CHIFFRES CLÉS
A) UN LARGE CONSENSUS AUTOUR DE L’OBLIGATION DE VÉRIFICATION DE L’ÂGE SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX
1 – 86% des Français souhaitent que l’Arcom impose aux réseaux sociaux sur lesquels circulent des contenus pornographiques (X, Reddit, TikTok…) un système de vérification de l’âge interdisant leur accès aux mineurs.
2 – 83% des Français souhaitent que l’Arcom veille à ce que tous les sites pour adultes mettent bien en place cette vérification d’âge.
3 – 81% des Français soutiennent aussi l’application d’actions plus fermes aux sites pour adultes qui ne vérifient pas l’âge de leurs visiteurs, comme par exemple ordonner leur blocage par les fournisseurs d’accès à internet, les déréférencer des moteurs de recherche ou encore imposer des sanctions pénales à l’encontre des dirigeants.
B) UNE MISE EN ŒUVRE ENCORE TRÈS PARTIELLE DE LA VÉRIFICATION D’ÂGE À L’ENTRÉE DES SITES POUR ADULTES
4 – À peine la moitié des Français(es) majeur(es) ayant tenté d’accéder à un site pour adultes ces 12 derniers mois ont été confrontés à une demande de vérification de leur âge, que ce soit via une photo ou vidéo du visage (55%) ou via la transmission d’une pièce d’identité (50%).
5 – Et parmi ceux et celles qui ont été confronté(es) à une demande de vérification d’âge, seule une minorité a accepté de s’y soumettre : 39% des majeur(es), deux fois moins (18%) chez les mineur(es) de 15-17 ans, ont effectué la démarche de vérification.
6 – Le gros de la consommation de ce type de contenus continue donc à se faire en dehors du cadre légal : plus des deux tiers des adultes (69%) et plus des trois quarts des mineurs (78%) ayant visionné ce genre de contenu ces 12 derniers mois l’ont fait sur des sites ne demandant pas la vérification d’âge.
C) UN IMPACT TRÈS LIMITÉ SUR LA CONSOMMATION DE CONTENU POUR ADULTES EN LIGNE
7 – L’objectif du dispositif – stopper l’accès à ces contenus aux moins de 18 ans – est loin d’être atteint au regard de la proportion de mineur(es) de 15-17 ans ayant renoncé à consulter ce type de contenu après avoir été confrontés à une mesure de vérification : 36%, contre 16% des personnes âgées de plus de 18 ans.
8 – Au total, la mise en œuvre effective de l’obligation de vérification de l’âge, à l’été 2025, n’a eu qu’un impact limité sur la consommation de sites à contenu pour adultes : seul(e)s 16% des adultes et 22% des mineur(e)s de 15-17 ans ont cessé de se rendre sur ce genre de sites, environ un tiers d’entre eux ont diminué leur fréquentation et chez les autres (52% des majeur(e)s, 40% des mineur(e)s), cette obligation n’a eu aucun impact sur leurs usages.
9 – La mise en œuvre de cette vérification a engendré un report du trafic sur les sites qui ne respectent pas la loi : 65% des mineur(e)s de 15-17 ans et 48% des majeur(e)s ont cessé de consulter les sites imposant la vérification d’âge au profit de sites ne la faisant pas respecter.
10 – Lorsque l’on compare à 2023, la consommation de sites pour adultes pour les 18-24 ans n’a pas diminué, malgré la mise en place de la vérification d’âge. En effet, 58% des 18-24 ans affirmaient avoir déjà surfé sur un site pour y voir des films ou des images pornographiques en 2023, comme en 2026. Et pour les sites de type OnlyFans, on constate même une augmentation (de 18% en 2023 à 26% en 2026), comme pour les sites de webcam (de 18% en 2023 à 22% en 2026).
D) UNE OPINION PUBLIQUE TRÈS CRITIQUE À L’ÉGARD DE L’INEFFICACITÉ DU SYSTÈME ACTUEL MAIS MAJORITAIREMENT FAVORABLE À LA VÉRIFICATION D’ÂGE À L’ENTRÉE DES SITES POUR ADULTES
11 – 64% des Français jugent insuffisante l’action de l’Arcom à l’égard des sites pour adultes ne mettant pas en place la vérification d’âge.
12 – 64% des Français ne jugent pas efficace le dispositif actuel de vérification d’âge pour empêcher réellement les mineurs d’accéder à des contenus pour adultes.
13 – Le principe de vérification d’âge à l’entrée des sites pour adultes suscite un très large consensus dans l’opinion avec 89% d’opinions favorables.