Les Français et la mémoire du 11 septembre 2001

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08.09.26

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VINGT-CINQ ANS APRÈS, LE 11 SEPTEMBRE 2001 RESTE UNE MATRICE DU XXIe SIÈCLE

1 – Avec le Covid-19, le 11 septembre domine la hiérarchie des événements du siècle

Interrogés sur les trois événements internationaux les plus importants survenus depuis l’an 20001, les Français placent la pandémie de Covid-19 en tête (53% de citations, dont 24% en première place), devant les attentats du 11 septembre 2001 (40%, dont 19% en première place). Ces deux événements arrivent très largement en tête. La primauté du Covid-19 n’a rien de surprenant : il s’agit d’un phénomène mondial, récent et vécu directement par chacun. Le niveau atteint par le 11 septembre est, lui, très impressionnant : alors qu’il n’a été vécu par les Français qu’à travers les écrans, et à vingt-cinq ans de distance, il continue de s’imposer dans la mémoire collective comme une véritable matrice du XXIe siècle. On peut aussi penser que cette présence à si haut niveau tient pour une part à l’impact des attentats terroristes survenus en France et à plusieurs vecteurs de réactivation mémorielle, avec les procès et les grandes commémorations décennales.
Le classement fait d’ailleurs apparaître un bloc cohérent largement structuré par le terrorisme et les conflits du Proche et du Moyen-Orient : autour du 11 septembre se rangent la montée de Daesh et les attentats qui lui sont liés (19%) et l’attaque du 7 octobre 2023 entraînant la guerre à Gaza (12%). Au-delà encore, les guerres structurent cette mémoire collective des Français si l’on y ajoute l’Ukraine (24%). Les boomers et la génération dite « silencieuse » se démarquent en citant davantage la guerre en Ukraine (respectivement 39% et 61% de citations) : un souvenir vraisemblablement réactivé par la mémoire de la Guerre froide. Mais ce qui domine, encore une fois, c’est le niveau très élevé, dans l’ensemble de la population, du Covid-19 et du 11 septembre.
À côté de ce bloc émerge le dérèglement climatique (25%), seule crise de long terme mesurée à ce niveau. Les progrès scientifiques et techniques, eux, restent très loin derrière : l’apparition du smartphone (12%), l’immunothérapie contre le cancer (8%) et le séquençage du génome humain (4%).

2 – Une mémoire du 11 septembre qui traverse les générations et les clivages politiques

Fait notable, la perception de l’importance du 11 septembre varie peu selon les publics. Les écarts générationnels restent contenus, la génération X (49%), qui avait entre vingt et trente-cinq ans en 2001, se montrant la plus sensible à l’événement, devant les millennials (41%), les boomers et la génération Z (34% chacun). Même les plus jeunes, nés après les faits, citent les attentats dans une proportion proche de la moyenne (36% des 18-24 ans).
Nous observons en revanche des écarts plus nets en fonction de la proximité partisane. Si les attentats sont cités dans des proportions proches parmi les sympathisants de gauche (37%), de la majorité présidentielle (38%) et de droite (39%), ils le sont davantage par les sympathisants écologistes (54%) ainsi que par ceux de Reconquête et du Rassemblement national (49%), et nettement moins par ceux de La France insoumise (26%).

3 – 85% des Français se rappellent avoir appris la nouvelle le jour même

Interrogés sur le moment où ils ont entendu parler des attentats pour la première fois, les Français de 25 ans et plus sont 59% à déclarer les avoir suivis en direct, au moment même où les attentats se déroulaient, et 26% dans la journée du 11 septembre : au total, 85% situent leur découverte de l’événement le jour même, contre 3% le lendemain ou les jours suivants et 2% plusieurs semaines ou mois plus tard. Seuls 10% ne s’en souviennent plus.
Il y a un réel « souvenir flash » pour le 11 septembre : les circonstances dans lesquelles on a appris la nouvelle – quand, où, par quel canal, avec qui – sont mémorisées avec une bien plus grande précision, et une bien plus grande assurance, que l’événement lui-même. La cohérence des réponses au-delà de 35 ans est frappante : 64% des 35-49 ans, 66% des 50-64 ans et 67% des 65 ans et plus disent avoir vécu les attentats en direct. Seuls les 25-34 ans, qui avaient au plus neuf ans en 2001, s’en distinguent logiquement (27% en direct, 33% ne s’en souvenant plus).

4 – La télévision, canal du souvenir ; l’école et la famille, canaux de la transmission

Le souvenir flash se lit tout aussi nettement dans le canal d’information : 57% des Français ont appris les attentats à la télévision, très loin devant l’entourage familial, amical ou professionnel (10%). Le poids de la télévision culmine chez ceux qui étaient adultes en 2001 : 69% des 35-49 ans, 65% des 50-64 ans et 62% des 65 ans et plus, à un moment où les chaînes françaises ont basculé en édition spéciale du milieu de l’après-midi jusqu’au coeur de la nuit. À l’inverse, Internet ne pèse quasiment rien : 2% pour les sites et médias en ligne, 1% pour les réseaux sociaux et plateformes vidéo.
Notons que, pour les générations qui n’ont pas connu l’événement, la mémoire ne se transmet pas par les écrans mais par les institutions et les proches : chez les 18-24 ans, l’école (27%) et l’entourage (23%) devancent la télévision (19%), tandis que les réseaux sociaux (4%) et les documentaires, films, livres ou podcasts (5%) demeurent marginaux.

5 – Une condensation mémorielle : le 11 septembre, ce sont les tours

Invités à citer spontanément les lieux concernés par les attentats, 74% des Français mentionnent New York ou le World Trade Center, 60% nommant explicitement les tours jumelles ou Ground Zero. Washington et les institutions fédérales suivent à grande distance (25%, dont 20% pour le Pentagone), et la Pennsylvanie ou le vol 93 ne sont cités que par 3% des personnes interrogées. Cette condensation mémorielle, très spectaculaire, n’en est pas moins classique : le cerveau est économe, il tend à retenir ce qui suffit à donner sens à l’événement dans son ensemble. À la marge, 5% évoquent la France, Paris ou les attentats du 13 novembre 2015, confondant le 11 septembre avec des attentats survenus sur le sol français – la réduction fréquente du 13 novembre au seul Bataclan relevant, elle aussi, de ce même mécanisme de condensation.

6 – Des causes lues au prisme du terrorisme islamiste, et un « complotisme » quasi inexistant

Sur les causes des attentats, posées également en question ouverte, la grille de lecture dominante est celle du terrorisme et de l’islamisme : 46% des Français mobilisent ce registre, en évoquant le terrorisme de manière générique (17%), l’islamisme, le djihadisme ou la radicalisation (12%), les acteurs eux-mêmes – Al-Qaïda, Ben Laden, les talibans (9%) – ou encore la religion et le fanatisme religieux (9%). S’y ajoute l’hostilité envers les États-Unis et l’Occident, citée par 11% des personnes interrogées.
La lecture géopolitique existe mais reste seconde : 15% invoquent la politique étrangère et les conflits au Moyen-Orient, en citant l’interventionnisme américain (5%), le contexte de guerre dans la région (5%), l’Irak et les sanctions (3%) ou le soutien américain à Israël (2%). Surtout, les thèses complotistes désignant le gouvernement américain, George W. Bush ou la CIA comme responsables ou complices ne sont mentionnées que par 1% des Français, un niveau résiduel, très éloigné de la place que ces récits ont durablement occupée aux États-Unis. Notons que sur cette question, les moins de 35 ans sont les plus nombreux à ne pas pouvoir répondre (autour de 30%, contre 19% en moyenne), au même niveau que les chômeurs.

7 – Un régime mémoriel dominé par la figure de la victime plus que par celle de la guerre

La hiérarchie des conséquences perçues confirme ce régime mémoriel. Ce qui vient d’abord, c’est le bilan humain et le choc psychologique (30%), suivis par la peur, le traumatisme et l’insécurité (17%). Les guerres et les interventions militaires ne sont mentionnées que par 16% des Français – 6% pour l’Irak, 6% pour la « guerre contre le terrorisme », 2% pour l’Afghanistan – alors qu’elles constituent la conséquence historique la plus lourde des attentats.
Sur cette question, le genre pèse fortement. Les femmes insistent nettement plus que les hommes sur le bilan humain et le choc psychologique (36% contre 22%), en particulier sur la peur, le traumatisme et l’angoisse (23% contre 12%). Les hommes mobilisent à l’inverse davantage le registre des guerres et de la géopolitique (20% contre 13%), tout comme ils invoquaient davantage la politique étrangère américaine parmi les causes (18% contre 12%).

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