À mesure que les véhicules collectent davantage d’informations, une question devient centrale : qui contrôle ces données et à qui les automobilistes choisissent-ils de les confier ?
Avec l’Ifop, Auto Platinium a interrogé les Français sur leur rapport aux données automobiles, leur niveau de confiance et leurs attentes à l’heure où le Data Act vient rebattre les cartes.
Dans cet entretien, Chavarch Margaryan, dirigeant d’Auto Platinium, revient sur les principaux enseignements de cette étude et sur les opportunités que cette évolution représente pour l’automobiliste comme pour la réparation indépendante.
Chavarch Margaryan
Dirigeant d’Auto Platinium
Qu’est-ce qui a conduit Auto Platinium à vouloir interroger aujourd’hui les conducteurs sur les données générées par leur voiture et quels enjeux souhaitiez-vous mieux comprendre à travers cette étude ?
Notre métier, c’est le reconditionnement de pièces automobiles — nous vivons au quotidien la question de l’accès à la réparation et de la liberté de choix des automobilistes. Or nous voyions monter deux tendances qui se percutent : d’un côté, les voitures collectent de plus en plus de données ; de l’autre, l’arrivée du Data Act, qui va justement rebattre les cartes de l’accès à ces données. Entre les deux, une grande zone de flou : que savent vraiment les conducteurs de ce que leur voiture enregistre ? À qui font-ils confiance ? Sont-ils prêts à partager ? Nous avions des intuitions de terrain, mais pas de données solides. Nous avons donc voulu, avec l’Ifop, prendre le pouls des Français sur un sujet dont on parle beaucoup dans la filière, mais rarement du point de vue de l’automobiliste lui-même. L’enjeu, pour nous, était de comprendre comment le conducteur se situe dans cette transformation — parce que c’est lui, au final, qui devrait en être le premier bénéficiaire.
L’étude montre que les automobilistes ne rejettent pas le partage de leurs données, mais qu’ils l’acceptent surtout lorsqu’ils en perçoivent clairement l’utilité : 77% l’acceptent pour la recherche ou la sécurité routière et le garagiste apparaît comme le premier acteur de confiance. Qu’est-ce que ces résultats vous disent de l’évolution de la relation entre automobilistes, données et professionnels de l’entretien automobile ?
Ce qui nous a frappés, c’est que les Français ne sont ni technophobes ni naïfs : ils font un tri très lucide. Ils acceptent volontiers la donnée quand elle a un sens — la sécurité routière, l’entretien de leur véhicule — et la refusent quand elle sert à les suivre ou à être revendue. Autrement dit, ce n’est pas la donnée qui pose problème, c’est l’usage qu’on en fait, et surtout le fait de savoir qui la reçoit. Et dans ce paysage, le garagiste ressort comme le premier tiers de confiance, devant le constructeur et l’assureur. C’est un enseignement fort : à l’heure où tout se digitalise, c’est l’acteur de proximité, celui qu’on connaît et à qui l’on confie déjà sa voiture, qui inspire le plus confiance pour ses données. Je crois que ça dit quelque chose d’important sur notre filière : la confiance ne se décrète pas par la technologie, elle se construit dans la relation. Le professionnel de l’entretien qui saura être transparent et utile avec les données de ses clients aura une vraie carte à jouer.
“Pour la réparation indépendante, c’est une chance historique : cela remet le conducteur au centre, et rééquilibre un rapport de force longtemps favorable aux réseaux constructeurs.”
Chavarch Margaryan
Dirigeant d’Auto Platinium
Alors que les conducteurs expriment une forte attente de transparence et de maîtrise de leurs données, 92% veulent notamment savoir à qui elles sont transmises. Quelles évolutions cela pourrait-il entraîner, selon vous, pour les acteurs de l’entretien automobile dans les prochaines années ?
Cette attente de transparence — 92 % veulent savoir à qui vont leurs données — c’est à la fois une exigence et une opportunité. Une exigence, parce que les acteurs qui resteront opaques sur l’usage des données perdront la confiance de leurs clients. Une opportunité, parce que ceux qui joueront la carte de la clarté — expliquer simplement quelles données sont utilisées, pourquoi, et laisser le conducteur maître de ses choix — vont se différencier. Concrètement, je pense qu’on va vers un modèle où l’automobiliste choisira activement avec qui partager les données de sa voiture, comme il choisit aujourd’hui son garage. Et le Data Act va accélérer ça en donnant enfin aux conducteurs un accès direct à ces données et la liberté de les confier au réparateur de leur choix. Pour la réparation indépendante, c’est une chance historique : cela remet le conducteur au centre, et rééquilibre un rapport de force longtemps favorable aux réseaux constructeurs. Les professionnels qui l’auront compris — transparence, pédagogie, respect du choix du client — seront ceux à qui les automobilistes confieront leur voiture, et leurs données, demain.