Les Français face au harcèlement scolaire : un diagnostic sans appel et une demande de fermeté
Un phénomène perçu comme en pleine recrudescence. Près des trois quarts des Français (73%) estiment que le harcèlement scolaire a progressé depuis une dizaine d’années, contre 24 % qui le jugent stable et 3 % en recul. Ce constat traverse toute la société, avec une acuité un peu plus forte chez les femmes (79%) et les 65 ans et plus (82%). Les parents d’enfants scolarisés se situent au même niveau que l’ensemble (74%), signe que ce sentiment d’aggravation relève autant d’une représentation collective largement partagée que d’une expérience directe.
Une institution jugée défaillante. Le verdict sur l’Éducation nationale est tout aussi net : 75% des Français considèrent qu’elle n’en fait pas assez face au harcèlement, 20% seulement qu’elle agit comme il faut. Les parents d’enfants scolarisés, qui sont au contact de l’institution, se montrent un peu moins sévères (67%), et davantage encore les parents de lycéens (55%). Cet écart entre représentations et vécu mérite d’être noté, mais il ne change pas le fond : même chez les premiers concernés, la critique reste très majoritaire.
Une demande de fermeté massive à l’égard des harceleurs. C’est l’enseignement le plus frappant de l’étude. Les mesures visant les élèves auteurs recueillent des niveaux d’adhésion compris entre 84% et 93%, avec des socles de « tout à fait favorable » très constitués, souvent supérieurs à 50% et jusqu’à 67% pour la sanction disciplinaire. Cette demande ne s’arrête pas aux portes de l’école : le signalement systématique à la justice (87%) et la poursuite pénale devant les tribunaux (84%) sont eux aussi plébiscités. Les sympathisants de gauche sont logiquement plus mesurés sur ces mesures judiciaires, mais ils y restent très majoritairement favorables (70% pour la poursuite pénale) : le clivage politique est un clivage de degré, non de nature. Seule la médiation entre l’élève auteur et la victime, mesure qui place les deux parties sur un même plan, décroche (74%, dont 30% de « tout à fait »). Dans le même esprit, l’interdiction des réseaux sociaux avant 15 ans, après sa censure par le Conseil constitutionnel, est soutenue par 83 % des Français.
Un sujet qui peut peser dans l’isoloir. Alors que le harcèlement scolaire reste jusqu’ici peu présent dans la campagne présidentielle, l’attente des Français est forte : 94% souhaitent que les candidats prennent des engagements concrets en la matière et 82% déclarent que la lutte contre le harcèlement et la protection des enfants compteront dans leur choix de vote, un niveau particulièrement élevé chez les femmes (88%) et les moins de 35 ans (90%). Un sujet consensuel peut aussi être un sujet discriminant, dès lors qu’un candidat s’en empare.
Une attente d’autorité clairement exprimée. Invités à désigner LA priorité du futur Président de la République parmi six leviers possibles, les Français placent la sanction systématique des élèves auteurs très loin en tête (42%), devant la formation des enseignants (17%), le recrutement de psychologues et personnels de santé scolaire (11%) et l’encadrement de l’accès des mineurs aux réseaux sociaux (11%). Lorsqu’il faut choisir, c’est la réponse d’autorité qui s’impose : les Français attendent d’abord que l’école sanctionne.
Au-delà du constat d’une aggravation largement partagée, ce sondage révèle une opinion qui a cessé de lire le harcèlement scolaire comme une simple question éducative pour en faire une question d’autorité : sans renoncer à l’accompagnement ni à la prévention, les Français attendent d’abord que l’institution tranche et sanctionne, et cette attente traverse l’ensemble du spectre politique, sympathisants de gauche compris, au point de constituer l’un des rares consensus de l’opinion à l’approche de 2027.