Le regard des Français sur l’IA dans le cadre de l’élection présidentielle 2027

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28.08.26

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L’Ifop pour Le Laboratoire de la République a interrogé les Français sur leur regard concernant l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le cadre de l’élection présidentielle de 2027. L’enquête a été réalisée sur un échantillon de 1 000 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, du 16 au 17 juillet 2026.

1 – Un imaginaire de campagne dominé par la crainte et la défiance

Interrogés sur les images, les idées et les sentiments que leur inspire l’utilisation de l’IA dans la campagne de 2027, les Français dessinent un tableau très majoritairement sombre. Le premier registre mobilisé est celui des craintes, du rejet et de la perte de confiance (35%), devant la désinformation et le brouillage entre le vrai et le faux (18%, dont 14% citant explicitement les fausses informations, les mensonges et la propagande) et la manipulation démocratique, les ingérences et les atteintes à l’intégrité du scrutin (15%).

À l’inverse, les perceptions positives — utilité, innovation, modernité, outil jugé pratique ou inévitable — ne rassemblent que 10% des citations, tandis que la déshumanisation et la perte d’authenticité de la vie politique en mobilisent 8%.

Dès le stade des représentations spontanées, l’IA électorale s’installe ainsi dans l’opinion sous le signe de la menace bien davantage que de la promesse.

2 – Davantage un risque qu’une chance pour la démocratie

Cette tonalité se confirme lorsqu’on interroge directement les Français sur la nature de l’IA. Quatre Français sur dix (40%) y voient avant tout un risque pour la démocratie, tandis que 38% l’appréhendent à la fois comme une opportunité et un risque. Seuls 5% la considèrent comme une opportunité pour améliorer le débat démocratique.

La perception du risque s’accentue avec l’âge, passant de 30% chez les 18-24 ans à 47% chez les 65 ans et plus.

3 – Une défiance massive envers les informations politiques produites par l’IA, sauf chez les plus jeunes

Le déficit de crédibilité est frappant : 81% des Français déclarent ne pas faire confiance aux informations sur des sujets politiques produites par une intelligence artificielle, dont 39% « pas du tout ». Seuls 19% se disent confiants, dont uniquement 2% « tout à fait ».

Cette défiance recouvre toutefois une fracture générationnelle significative : nous mesurons un taux de confiance à 34% chez les moins de 35 ans contre seulement 5% chez les 65 ans et plus. Là où les aînés opposent un refus quasi unanime, les plus jeunes entretiennent avec l’IA un rapport moins soupçonneux.

4 – Des usages envisagés surtout défensifs : s’informer et vérifier, non déléguer

Interrogés sur ce qu’ils seraient prêts à faire avec l’IA en matière politique, les Français en dessinent un usage avant tout informationnel. Les intentions les plus citées consistent à obtenir des explications sur des propositions politiques complexes (44%), à comprendre les conséquences concrètes d’une réforme sur sa situation personnelle (43%), à détecter une information trompeuse ou manipulée (42%) ou à vérifier les affirmations des responsables politiques (42%). Comparer les programmes des candidats (41%) et recevoir un résumé neutre de l’actualité (40%) suivent de près.

Aucun de ces usages ne franchit néanmoins la barre de la majorité : pour chacun d’eux, une majorité de Français répond « non ». Et là encore, nous observons des écarts générationnels : chez les moins de 35 ans, ces usages sont envisagés dans des proportions bien supérieures (de l’ordre de 50% à 68% selon les items), contre 23% à 30% seulement chez les 65 ans et plus.

5 – Le vote, une ligne rouge pour une majorité de Français

Si les Français peuvent envisager l’IA comme un outil d’information, ils refusent très majoritairement de lui déléguer leur choix. Face à une intelligence artificielle qui leur recommanderait le candidat correspondant le mieux à leurs opinions, 68% déclarent qu’ils l’ignoreraient totalement, 29% qu’ils la prendraient en compte parmi d’autres informations, et 3% seulement qu’ils la suivraient probablement.

Le refus grandit avec l’âge — 82% des 65 ans et plus l’ignoreraient purement et simplement — tandis que les plus jeunes se montrent plus réceptifs sans pour autant s’en remettre totalement à l’IA : 11% des 18-24 ans suivraient probablement une telle recommandation et 42% la prendraient en compte. La décision électorale demeure ainsi un domaine que les Français entendent conserver sous contrôle humain.

6 – Ce que les Français tolèrent des candidats : l’IA acceptée si elle est signalée

S’agissant de l’usage de l’IA par les candidats eux-mêmes, les Français hiérarchisent les pratiques acceptables. Produire des affiches de campagne recueille le plus d’assentiment (47%), devant l’analyse des attentes et préoccupations des électeurs (43%), la rédaction de publications sur les réseaux sociaux (38%) et la production de vidéos de campagne (38%).

Surtout, l’acceptation demeure largement conditionnelle. Pour la seule production d’affiches, par exemple, 7% des Français l’admettent sans restriction, contre 40% à la condition expresse qu’elle soit signalée. La transparence s’impose ainsi comme la contrepartie de la tolérance à l’égard de l’IA en campagne.

7 – La hantise des deepfakes et le coût électoral d’une IA assumée

Deux résultats viennent refermer ce panorama. D’une part, la crainte des contenus manipulés confine au consensus : 86% des Français redoutent que de fausses vidéos ou de faux enregistrements réalisés grâce à l’IA puissent influencer le résultat de la présidentielle 2027, dont 42% « certainement » — une inquiétude qui culmine à 94% chez les 65 ans et plus.

D’autre part, afficher ouvertement le recours à l’IA relève davantage du handicap que de l’atout. Si un candidat déclarait l’utiliser dans sa campagne, 45% des Français auraient moins envie de voter pour lui et 6% seulement davantage, les 49% restants n’y voyant aucun impact. Ce coût est le plus lourd chez les plus jeunes (65% des 18-24 ans y seraient rebutés) et à gauche (64% chez les sympathisants écologistes, 53% au Parti socialiste, 51% à La France insoumise), quand les électorats de droite et du Rassemblement National y demeurent surtout indifférents.

 

À moins d’un an de l’élection présidentielle de 2027, l’intelligence artificielle apparaît moins comme une promesse de renouvellement démocratique que comme un facteur de défiance, associé à la désinformation, à la manipulation et à la perte d’authenticité du débat politique. Les Français ne rejettent toutefois pas tous ses usages : ils peuvent l’accepter lorsqu’elle aide à expliquer une réforme, comparer des programmes ou vérifier une information. En revanche, ils refusent largement qu’elle influence leur choix électoral ou se substitue à la parole, au jugement et à la responsabilité des candidats. Si les jeunes se montrent plus disposés à recourir à ces outils, leur attitude reste ambivalente, puisqu’ils sanctionneraient fortement un candidat revendiquant leur utilisation. Dans ce contexte, la transparence, le signalement des contenus générés et la lutte contre les deepfakes s’imposeront comme des conditions essentielles.

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