Radioscopie de la sexualité des Français(es)

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17.06.26

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La sexualité des Français a-t-elle changé en trente ans ? Entre vague #MeToo, banalisation des sextoys et essor d’une parole sex-positive, le paysage des pratiques et des représentations de la sexualité a profondément évolué ces dernières années. Pour en prendre la mesure, l’Ifop a réalisé pour JOYclub – première communauté sexpositive d’Europe – une grande enquête nationale sur la sexualité des Français(es), auprès d’un échantillon représentatif de 2 210 personnes âgées de 18 ans et plus. De la fréquence des orgasmes à la simulation, en passant par les positions sexuelles et l’évolution du répertoire intime, cette « radioscopie » dresse un panorama inédit de l’intimité française en 2026 qui pose la question d’un meilleur ajustement des pratiques au plaisir féminin, notamment face à l’explosion inquiétante des pratiques « trash » (ex : gifle, morsure, traction de cheveux, étranglement, bâillonnement, fisting…) auxquelles s’adonnent de plus en plus les jeunes femmes.

CHIFFRES CLÉS

A) L’ENNUI ET L’ORGASM GAP : UN FOSSÉ SEXUÉ QUI S’EST CREUSÉ EN TRENTE ANS

1 – L’ennui sexuel féminin en forte hausse : la proportion de Françaises admettant s’ennuyer lors de leurs ébats atteint 56% en 2026, contre 36% il y a trente ans (1996), et les femmes qui s’ennuient régulièrement au lit (29%) sont deux fois plus nombreuses que les hommes (16%).

2 – L’orgasme reste un privilège masculin : 67% des hommes atteignent l’orgasme « à chaque rapport ou presque », contre seulement 40% des femmes, et l’anorgasmie est deux fois plus répandue chez les femmes (19%) que chez les hommes (8%).

3 – L’orgasm gap est particulièrement criant chez les jeunes : chez les moins de 35 ans, les femmes jouissant à chaque rapport (33%) sont deux fois moins nombreuses que les hommes du même âge (75%).

B) SIMULATION, PERFORMANCE ET PHALLOCENTRISME : LES SYMPTÔMES D’UN MALAISE QUI S’INSTALLE

4 – La simulation orgasmique est en hausse : 57% des Françaises âgées de 18-69 ans ont déjà simulé un orgasme en 2026, soit quasiment deux fois plus qu’il y a trente ans (32% en 1998), et 32% seulement des hommes se rendent compte qu’une partenaire simule, contre 59% de femmes qui avouent l’avoir fait.

5 – Les hommes surestiment la durée de leurs rapports de près de 4 minutes : ils évaluent en moyenne la durée de leur dernier rapport à 18 minutes, contre 14 minutes 30 selon leurs partenaires, signe d’une performance sexuelle plus fantasmée que vécue.

6 – La levrette et le missionnaire dominent encore le répertoire sexuel des Français : position la plus pratiquée par les Français(es), la levrette affiche un taux de réussite orgasmique bien plus fort chez les hommes (91%) que chez les femmes (57%), quand le missionnaire s’impose comme la position la plus efficace pour l’orgasme féminin (64%).

C) LE SEXE TRASH CHEZ LES JEUNES ET LES SEXTOYS : LES DEUX FACES D’UNE RÉVOLUTION SEXUELLE INACHEVÉE

7 – Le sexe violent s’impose comme norme sexuelle juvénile : 61% des Françaises de 20-29 ans déclarent s’être déjà fait gifler, fesser, griffer, mordre ou tirer les cheveux par un(e) partenaire, et 37% des jeunes femmes de moins de 35 ans ont déjà été étranglées ou bâillonnées.

8 – Les sextoys en couple : une révolution silencieuse favorable au plaisir féminin ? 43% des Françaises déclarent avoir déjà utilisé des accessoires sexuels avec un(e) partenaire, contre seulement 6 % en 1996, une pratique corrélée positivement à une vie sexuelle plus intense et plus orgasmique.

9 – Le squirting, phénomène générationnel : 20% des Françaises déclarent avoir déjà pratiqué une cette pratique, proportion qui culmine à 29% chez les 20-29 ans et à 43% chez les femmes homosexuelles (contre 19% des hétérosexuelles).

 

Le point de vue général de l’Ifop sur l’étude :

Ces constats invitent donc à une lecture mesurée et différenciée de la diversification du répertoire sexuel hexagonal : si certaines pratiques (sextoys, double stimulation, sexe oral réciproque) ouvrent indiscutablement de nouveaux horizons au plaisir féminin, d’autres (sodomie, « sexe violent », codes du gonzo) demeurent essentiellement structurées par les fantasmes masculins et la grammaire pornographique. L’analyse comparée du répertoire des pratiques sexuelles ne s’est pas systématiquement traduite par une meilleure adéquation des pratiques aux conditions concrètes du plaisir féminin. Tout au contraire, l’enquête met en évidence un lien entre l’expérience de ces pratiques et l’insatisfaction sexuelle féminine, qui invite à interroger la part de contrainte implicite dans leur banalisation. La grande affaire des prochaines années sera sans doute moins de diversifier encore ce répertoire que de réorienter sa pratique régulière vers les techniques qui rendent effectivement l’orgasme féminin accessible et plaisant.

François Kraus, directeur du Pôle Genre, sexualités et santé sexuelle à l’Ifop

 

Le point de vue général de Maryse Frochot, sexothérapeute, sur l’étude :

Ce qui me frappe dans cette étude c’est le décalage entre ce que les femmes vivent dans leur sexualité et ce qu’elles ressentent réellement. Nous vivons dans une époque où l’on parle davantage de sexualité, où les sextoys se démocratisent, où les femmes connaissent mieux leur corps, et pourtant, l’ennui sexuel féminin explose ! Ce chiffre révèle une sexualité encore trop souvent centrée sur le scénario du rapport plutôt que sur l’expérience du plaisir partagé. L’« orgasm gap » reste grand et cela peut paraître paradoxal. Les femmes n’ont jamais eu autant accès à des discours sex-positifs, cela montre que l’information ne suffit pas si les scripts sexuels restent les mêmes. (…).

Néanmoins, les résultats autour des sextoys sont très intéressants. Ils semblent favoriser la communication, la curiosité et une sexualité davantage centrée sur les sensations féminines. Même chose pour le squirt, qui témoigne aussi d’une exploration plus libre du corps féminin, même si lui aussi pourrait devenir une nouvelle pression de performance. Cette étude montre que la révolution sexuelle est encore inachevée : nous avons diversifié les pratiques, mais pas toujours réinventé notre manière de penser le plaisir.

 

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