1 -Une coalition des droites approuvée par six personnes de droite sur dix, avec une adhésion d’autant plus intense que l’on va vers la droite radicale
Parmi les personnes de droite (1 764 répondants sur 3 000 se situant au centre-droit, à droite ou à l’extrême droite, soit 56% des Français), 60% se disent favorables à ce que Les Républicains, l’UDR d’Éric Ciotti, le Rassemblement national et Reconquête gouvernent ensemble après les prochaines élections nationales, contre 40% d’opposés. Cette adhésion est très graduée selon la proximité partisane : 73% chez les proches de LR (dont 23% de « tout à fait favorables »), 79% chez ceux du RN (38%) et 91% chez ceux de Reconquête (73%). Les proches de LR et RN consentent à la coalition, tandis que ceux de Reconquête l’appellent de leurs vœux. Le soutien recule par ailleurs de 9 points en un an chez les proches de LR (82% en octobre 2025) comme chez ceux du RN (88%).
Le principal point de résistance se situe au centre-droit : seuls 38% de ses membres sont favorables (62% d’opposés, dont 32% de « tout à fait opposés »), contre 74% de ceux qui se situent à droite et 75% à l’extrême droite. Or le centre-droit pèse désormais 38% du peuple de droite, contre 28% en 2014. Le clivage est aussi électoral : la coalition est soutenue par 72% des électeurs de François Fillon en 2017, 73% de ceux de Valérie Pécresse, 77% de ceux de Marine Le Pen et 91% de ceux d’Éric Zemmour en 2022, mais seulement par 41% de ceux d’Emmanuel Macron. Pour 2027, les potentiels électeurs de Bruno Retailleau y sont favorables à 77% (Marine Le Pen : 79%, Éric Zemmour : 88%), contre 27% seulement pour ceux d’Édouard Philippe (son parti Horizons n’étant pas proposé dans cette coalition). Le profil est enfin plus populaire que diplômé : 63% chez les catégories populaires contre 54% chez les catégories supérieures (51% chez les cadres).
2 – Une famille politique qui ne se vit pas comme telle : le RN est la seule composante à laquelle une moitié des personnes de droite se rattache
47% des personnes de droite ont le sentiment d’appartenir à la même famille politique que les électeurs du RN (27% « tout à fait »), contre 34% pour ceux de LR (8% « tout à fait ») et de l’UDR, 27% pour ceux de Reconquête et 19% pour ceux de Renaissance et d’Horizons. Plus de la moitié ne se sent pas de la même famille que les électeurs de Reconquête (52%). Cette proximité n’est pas réciproque. 39% des proches de LR se sentent de la même famille que les électeurs du RN, mais seulement 24% des proches du RN se sentent de la même famille que ceux de LR, soit moins que pour l’UDR (48%) ou Reconquête (34%). Les proches de Reconquête se rattachent massivement au RN (88%) et à l’UDR (84%), nettement moins à LR (41%).
La perception des lignes partisanes éclaire cette distance. Les personnes de droite jugent LR « de droite » (49%) plutôt que de centre-droit (27%), mais 54% qualifient le RN d’extrême droite et seulement 31% de « de droite ». Même chez ses proches, le RN n’est qualifié de « de droite » que par 40%, contre 81% pour LR chez les siens.
3 – Un peuple de droite majoritaire et en voie de recentrage, qui se définit d’abord par le travail et l’économie
56% des Français se situent à droite (+3 points depuis 2014). La progression vient du centre-droit (21%, contre 15% en 2014), tandis que la droite recule (23%, contre 26%) et que l’extrême droite se maintient à 12% (point bas de 8% en 2021).
En réponse spontanée, une politique de droite renvoie d’abord au travail, à l’économie et à la gestion (26%), devant la sécurité, l’ordre et l’autorité (18%), les valeurs, le conservatisme et le projet pour la France (18%) et l’immigration, l’identité et la souveraineté (14%). Cette hiérarchie varie peu entre proches de LR (26% pour l’économie), du RN (25%) et de Reconquête (22%). Le conservatisme, la famille et les traditions ne sont cités que par 3% des personnes de droite.
4 – Un socle de valeurs commun autour du diagnostic de déclin, mais des fractures sur l’Europe, le sociétal et la compatibilité entre l’islam et la République
Les personnes de droite se rejoignent sur certains diagnostics : 92% jugent la France en déclin et la justice trop laxiste, 90% dénoncent trop d’« assistanat », 86% estiment que la France a perdu sa souveraineté et 83% qu’on ne se sent plus chez soi comme avant. Sur les trois premiers items, l’écart entre proches de LR, du RN et de Reconquête n’excède pas 3 points. Ce diagnostic progresse dans l’ensemble de la population : le déclin gagne 11 points depuis 2021 (86%), le laxisme de la justice 9 points depuis 2017 (85%), la perte de souveraineté 10 points (77%) et l’idée que les chômeurs pourraient trouver du travail s’ils le voulaient vraiment 12 points (62%). Les électorats se rapprochent aussi sur d’autres sujets : l’adhésion à l’idée d’un excès d’assistanat passe de 83% à 94% chez les proches du RN (de 99% à 92% chez ceux de LR) depuis janvier 2025, et celle selon laquelle « il ne suffit pas d’être né en France pour être Français » progresse de 75% à 82% chez ceux de LR depuis 2021 (RN : 74%). L’économie ne divise pas : moins d’État (61% chez LR, 65% au RN, 68% chez Reconquête) et réduction de la dette (93%, 84%, 95%) recueillent des scores proches.
Les clivages portent sur l’Europe (la France est plus forte grâce à l’UE : 59% chez LR, 32% au RN, 18% chez Reconquête, soit 41 points d’écart), la GPA (46%, 59% et 19%, le RN se montrant plus libéral que LR) et la peine de mort (52%, 83% et 83%). L’incompatibilité de l’islam avec la République est elle aussi un marqueur de gradation (70%, 84%, 93%), et l’attachement à la démocratie est moins marqué chez Reconquête (71%) que chez LR (90%) et au RN (87%).
5 – Une incarnation éclatée : le duo Le Pen-Bardella domine, Bruno Retailleau est le seul trait d’union entre les composantes
Parmi les personnes de droite, Marine Le Pen (65%) et Jordan Bardella (63%) sont jugés incarner le mieux la droite, devant Bruno Retailleau (53%), Gérald Darmanin (43%), Édouard Philippe et Éric Zemmour (41% chacun). Chez les proches de LR, Retailleau domine (83%) devant Gérald Darmanin (63%) et Édouard Philippe (59%), mais Jordan Bardella (57%) et Marine Le Pen (55%) dépassent la majorité. Bruno Retailleau est aussi le seul à franchir tous les seuils : 83% chez LR, 67% chez Reconquête, 46% au RN. Édouard Philippe (59% chez LR, 25% au RN, 12% chez Reconquête) et Gabriel Attal (41%, 24%, 8%) ne passent pas la barrière du RN et de Reconquête.
Le réservoir de transfert est plus large de LR vers Marine Le Pen que du RN vers Bruno Retailleau : 58% des proches de LR trouvent au moins une raison de voter pour elle (immigration, constat sur l’état de la France), contre 48% des proches du RN pour lui (sécurité, immigration). Marine Le Pen, que 90% de ses électeurs de 2022 comptent retrouver, bénéficie aussi de la porosité de Reconquête : parmi les électeurs d’Éric Zemmour de 2022, 40% resteraient fidèles, mais 35% se reporteraient sur elle. Au total, 53% des personnes de droite ne se reconnaissent dans aucune raison de voter Retailleau, 37% pour Le Pen et 65% pour Zemmour.
6 – Pour 2027, Retailleau capte d’abord l’héritage de la droite classique, qui se disperse entre Philippe, Lisnard et Le Pen, et cette dernière agrège également les électorats de la droite radicale
Les reports d’intentions de vote 2027 selon le vote passé confirment la difficulté de la droite classique à se rassembler. Bruno Retailleau arrive en tête des reports des électeurs de François Fillon en 2017 (29%) et de Valérie Pécresse en 2022 (33%), mais loin de les capter dans leur majorité. Édouard Philippe en conserve 20% (Fillon) et 19% (Pécresse), David Lisnard 14% et 11%, Marine Le Pen 14% et 13%.
L’électorat macroniste se divise différemment : Édouard Philippe en capte 26% (électeurs de 2017) et 30% (2022), Gabriel Attal 12% et 14%. Marine Le Pen en recueille 12% et 11%, Bruno Retailleau 7% dans les deux cas.
À la droite radicale, Marine Le Pen est la grande bénéficiaire. Elle conserve 86% de ses électeurs de 2017 et 90% de ceux de 2022. Elle attire en outre 35% des électeurs d’Éric Zemmour de 2022, qui ne sont que 40% à rester fidèles à ce dernier (7% iraient vers Bruno Retailleau, 6% vers David Lisnard). Les électeurs de Nicolas Dupont-Aignan se reportent à 23% sur Marine Le Pen en 2022 (22% en 2017, et 14% sur Zemmour), à peine moins de la moitié restant fidèles (49% en 2022, 28% en 2017).